Départements réunis · 1795 – 1815

Les soldats belges de Napoléon

De la conscription forcée aux champs de bataille d'Europe, jusqu'au drame de Waterloo où d'anciens frères d'armes se retrouvèrent face à face.

Des « départements belgiques » à l'armée française

Après l'annexion des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège par la France révolutionnaire, les territoires belges sont intégrés à la République puis à l'Empire sous le nom de « départements réunis ». La conscription militaire française, instaurée par la loi Jourdan de 1798, y est appliquée comme dans le reste du territoire national : chaque année, des classes entières de jeunes hommes sont appelées sous les drapeaux.

Accueilli avec une certaine sympathie au début du Consulat — la croissance économique de 1800 à 1810, portée par le protectionnisme commercial français, profite notamment à l'industrie textile gantoise — Napoléon voit cependant son image se dégrader à mesure que l'enrôlement obligatoire s'intensifie et que la guerre s'éternise. Les contestations, plus vives en Flandre qu'en Wallonie, se multiplient à partir de 1809, tout comme les arrestations visant les réfractaires à la conscription, prévues par les lois et décrets de conscription.

1795 Annexion des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège par la France.
1798 Application de la loi de conscription (loi Jourdan) aux départements réunis.
1803 Joyeuse entrée de Napoléon, accueilli dans l'allégresse par les populations belges.
1804 Napoléon devient empereur ; durcissement progressif du régime.
1812 – 1814 Revers militaires de Napoléon ; lassitude croissante et espoir d'un retour à la domination autrichienne.
1815 Retour de Napoléon (Cent-Jours) ; bataille de Waterloo, en Brabant, le 18 juin.

Une génération sous les armes

Entre 1798 et 1814, on estime que 216 000 hommes originaires des départements belges ont combattu dans les rangs de l'armée française, de l'Italie à la Russie en passant par l'Espagne. Les campagnes napoléoniennes, marquées notamment par la guérilla particulièrement meurtrière de la guerre d'Espagne, auraient causé, selon certains historiens, davantage de morts belges que la Première Guerre mondiale.

216 000Belges ayant combattu sous Napoléon (1798–1814)
1798Extension de la conscription aux départements réunis
20 000+Fiches de soldats belges recensées dans les bases généalogiques

Ce nombre considérable de vétérans, démobilisés au fil des campagnes puis en masse après 1814, inquiète d'ailleurs les nouvelles autorités alliées : des ordres sont donnés pour surveiller ces anciens soldats, par crainte qu'ils ne fassent la propagande d'un retour de l'Empereur.

Waterloo, le drame belge

Le paradoxe le plus frappant de cette histoire se joue sur le champ de bataille de Waterloo lui-même. Le royaume uni des Pays-Bas, créé quelques mois plus tôt, mobilise d'anciens vétérans belges de la Grande Armée pour constituer sa nouvelle armée. Ce même jour, ils affrontent d'autres Belges restés fidèles à Napoléon — parfois d'anciens frères d'armes. On raconte que certains se seraient reconnus lorsque les lignes se faisaient face.

Camp néerlando-belge (Wellington)

≈ 4 000

Soldats belges de carrière intégrés à l'armée des Pays-Bas, sous cocarde orange, commandés en néerlandais.

Sous l'Aigle impériale

≈ 5 000 – 6 000

Conscrits belges restés dans l'Hexagone, repris les armes aux côtés de Napoléon, dont plus de 300 officiers.

Les estimations varient selon les sources ; le nombre exact de combattants originaires des départements belges présents des deux côtés à Waterloo reste incertain.

« On peut estimer entre 10 000 et 11 000 le nombre de soldats tués durant les combats de Waterloo, toutes armées confondues. »

Le destin des vétérans

Après 1815, des milliers d'anciens soldats des départements réunis se retrouvent démobilisés, souvent invalides, dans un pays qui n'est plus la France. Faute de pension suffisante, nombre de ces « vieux débris de la Grande Armée » — comme on les surnommera plus tard — connaissent la pauvreté, voire la mendicité. Leur sort, longtemps resté dans l'ombre de la grande histoire, fait aujourd'hui l'objet de recherches universitaires spécifiques, notamment à l'Université de Namur.

Une partie des vétérans belges invalides avait par ailleurs été accueillie, dès le Premier Empire, dans la succursale de l'Hôtel des Invalides de Louvain, créée en 1800 dans la 24e division militaire (Belgique) et qui hébergea environ 6 000 militaires entre 1800 et 1814, avant la dissolution de l'établissement avec la chute de l'Empire.

Documents

Série de volumes consacrés aux soldats brabançons, bruxellois et hennuyers de l'Empire. Cliquez sur un titre pour ouvrir le document — au format PDF, il s'affiche directement dans le navigateur.

Sources et références