Des « départements belgiques » à l'armée française
Après l'annexion des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège par la France révolutionnaire, les territoires belges sont intégrés à la République puis à l'Empire sous le nom de « départements réunis ». La conscription militaire française, instaurée par la loi Jourdan de 1798, y est appliquée comme dans le reste du territoire national : chaque année, des classes entières de jeunes hommes sont appelées sous les drapeaux.
Accueilli avec une certaine sympathie au début du Consulat — la croissance économique de 1800 à 1810, portée par le protectionnisme commercial français, profite notamment à l'industrie textile gantoise — Napoléon voit cependant son image se dégrader à mesure que l'enrôlement obligatoire s'intensifie et que la guerre s'éternise. Les contestations, plus vives en Flandre qu'en Wallonie, se multiplient à partir de 1809, tout comme les arrestations visant les réfractaires à la conscription, prévues par les lois et décrets de conscription.
Une génération sous les armes
Entre 1798 et 1814, on estime que 216 000 hommes originaires des départements belges ont combattu dans les rangs de l'armée française, de l'Italie à la Russie en passant par l'Espagne. Les campagnes napoléoniennes, marquées notamment par la guérilla particulièrement meurtrière de la guerre d'Espagne, auraient causé, selon certains historiens, davantage de morts belges que la Première Guerre mondiale.
Ce nombre considérable de vétérans, démobilisés au fil des campagnes puis en masse après 1814, inquiète d'ailleurs les nouvelles autorités alliées : des ordres sont donnés pour surveiller ces anciens soldats, par crainte qu'ils ne fassent la propagande d'un retour de l'Empereur.
Waterloo, le drame belge
Le paradoxe le plus frappant de cette histoire se joue sur le champ de bataille de Waterloo lui-même. Le royaume uni des Pays-Bas, créé quelques mois plus tôt, mobilise d'anciens vétérans belges de la Grande Armée pour constituer sa nouvelle armée. Ce même jour, ils affrontent d'autres Belges restés fidèles à Napoléon — parfois d'anciens frères d'armes. On raconte que certains se seraient reconnus lorsque les lignes se faisaient face.
Camp néerlando-belge (Wellington)
Soldats belges de carrière intégrés à l'armée des Pays-Bas, sous cocarde orange, commandés en néerlandais.
Sous l'Aigle impériale
Conscrits belges restés dans l'Hexagone, repris les armes aux côtés de Napoléon, dont plus de 300 officiers.
Les estimations varient selon les sources ; le nombre exact de combattants originaires des départements belges présents des deux côtés à Waterloo reste incertain.
« On peut estimer entre 10 000 et 11 000 le nombre de soldats tués durant les combats de Waterloo, toutes armées confondues. »
Le destin des vétérans
Après 1815, des milliers d'anciens soldats des départements réunis se retrouvent démobilisés, souvent invalides, dans un pays qui n'est plus la France. Faute de pension suffisante, nombre de ces « vieux débris de la Grande Armée » — comme on les surnommera plus tard — connaissent la pauvreté, voire la mendicité. Leur sort, longtemps resté dans l'ombre de la grande histoire, fait aujourd'hui l'objet de recherches universitaires spécifiques, notamment à l'Université de Namur.
Une partie des vétérans belges invalides avait par ailleurs été accueillie, dès le Premier Empire, dans la succursale de l'Hôtel des Invalides de Louvain, créée en 1800 dans la 24e division militaire (Belgique) et qui hébergea environ 6 000 militaires entre 1800 et 1814, avant la dissolution de l'établissement avec la chute de l'Empire.
- Reconversion : nombre de vétérans rejoignent l'armée du nouveau royaume des Pays-Bas, parfois dans les mêmes régiments que d'anciens ennemis.
- Mémoire : les Archives de l'État en Belgique conservent des milliers de documents relatifs à la conscription, des lettres de conscrits et d'extraits mortuaires permettant de retracer leurs parcours individuels.
- Postérité : certains de ces vétérans deviendront des cadres de l'armée belge lors de l'indépendance de 1830.
Documents
Série de volumes consacrés aux soldats brabançons, bruxellois et hennuyers de l'Empire. Cliquez sur un titre pour ouvrir le document — au format PDF, il s'affiche directement dans le navigateur.
Sources et références
- « A quoi ressemblait la Belgique en 1815 ? », Moustique, 24/06/2015 — moustique.be
- « Waterloo, 1815 : les Belges pris entre deux feux », Le Vif — levif.be
- « Les « vieux débris » belges de la Grande Armée. Le destin des soldats de Napoléon Ier dans la Belgique du XIXe siècle », Portail de la recherche, Université de Namur — researchportal.unamur.be
- « Napoléon Bonaparte – Départements réunis », Histoire des Belges — histoire-des-belges.be
- « Soldats belges sur Internet : deux bases de données pour retrouver leur trace », RFGénéalogie — rfgenealogie.com
- Jérôme Croyet, « Les militaires des Invalides », Napoleon Histoire — napoleon-histoire.com
- Geneanet — base collaborative de généalogie, actes et relevés militaires — geneanet.org
- Filae — archives généalogiques et registres militaires français et belges — filae.com
- Mémoire des Hommes — base des morts pour la France et archives militaires, Ministère des Armées — memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
- Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire (Musée du Cinquantenaire), Bruxelles — klm-mra.be
- Archives de l'État en Belgique / Archives générales du Royaume — arch.be
- Napoléon.org — Fondation Napoléon, ressources historiques et généalogiques — napoleon.org
- Ancestramil — base généalogique des militaires français — ancestramil.fr
- AHPE — Mémorial des décès des soldats de l'Empire — memorial-deces-soldats-empire.org